L'image du moisde décembre 2003
Blanc, blanc, blanc le goéland...

 

Ces paroles vous disent sûrement quelque chose, et je suis persuadé que l'air est aussi dans votre tête même si vos souvenirs ne remontent pas à 1959, année au cours de laquelle Marcel Amont nous a chanté ça pour la première fois. Bien entendu, il n'était pas dans l'intention du parolier de s'embarrasser de considérations anatomiques : un goéland c'est blanc pis c'est tout ! Il est vrai que dans le ciel d'azur, mouettes et goélands forment des tâches si lumineuses que ce serait pinailler que d'aller affirmer qu' en vérité ils sont gris par le dessus.

Il n'y aurait guère que les jeunes goélands arctiques ou bourgmestre pour arborer un manteau entièrement clair, mais en évoquant le ciel de Provence, ceux-là se retrouvent du coup hors contexte. Chez nous ils sont par contre à leur place en cette époque de l'année et la vision d'un corps tout blanc n'est pas pour nous surprendre, sauf si, comme sur la photo ci-dessous, il s'en échappe des extrémités de rémiges noires. Ce schéma là ne correspond à aucun goéland de la région, ni des autres coins du monde je crois bien. Il est par conséquent permis de penser que cette coloration est plus justement une absence de coloration, donc une dépigmentation. Disons pour faire court que ce goéland est albinos ! Il faudrait peut-être parler d'albinisme partiel puisqu'il reste des plumes avec du noir ou peut-être de "leucisme", terme souvent employé en ornithologie en pareille circonstance. Mais la qualification rigoureuse de ce qui affecte cet oiseau demanderait sans doute plus d'éléments que n'en dévoile la photo : Quelle est par exemple la couleur de l'oeil ?

J'avais souvent entendu parler de cas semblables chez les goélands sans pourtant en avoir jamais vu. J'avais donc tendance à penser que ce n'était pas si courant qu'on voulait bien le dire. Cette première observation ne m'amène toutefois pas à changer radicalement d'avis.

Il est vraisemblable que cet oiseau est un goéland argenté d'Amérique compte tenu de sa taille et de la forme de son bec. On peut aussi avancer qu'il en est à son troisième hiver ou en d'autres termes, qu'il a deux ans et demi, ceci en considérant à la fois la couleur rosâtre de son bec et le net contraste dans le motif de ses rémiges primaires. Mais cette dernière considération est peut-être hasardeuse à propos d'un individu présentant une telle aberration de plumage.

Un dernier constat : ce goéland ne semble pas avoir été vu dans le port de Saint-Pierre depuis le 22 novembre dernier, jour où je l'ai observé, ce qui laisse penser que, sauf accident, il s'agissait d'un oiseau en courte halte migratoire. Merci de me reprendre si je me trompe.


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Le 21 décembre 2003