L'image du mois de janvier 2003
Pétrole quand tu nous tiens...

Il en est qui se vendrait pour en trouver.
D'autres donneraient tout pour s'en débarrasser.
Enfin il y a ceux qui s'en défont sans que rien ne leur coûte.

Il n'est pas difficile de deviner dans quelle catégorie se trouve l'oiseau du mois. La photo date de décembre et contraste sérieusement avec celle de la grande aigrette qui l'a précédée. Mais comment relater les scènes ordinaires et extraordinaires de la vie aviaire en ignorant ses côtés obscurs ?

Si depuis l'épiphanie, la côte atlantique française reçoit des galettes d'un genre que bien peu apprécient, les parages de Saint-Pierre et Miquelon ne sont pas non plus épargnés par les déchets d'hydrocarbures. En effet, depuis la mi décembre, de nombreux oiseaux condamnés à d'interminables et vaines toilettes près de nos côtes, quand ce ne sont pas déjà des cadavres, sont les rapporteurs bien involontaires des vidanges de cuves de pétroliers très probablement réalisées dans la région. S'il en était besoin, le recensement des oiseaux de Noël nous a fourni , une occasion supplémentaire de constater ce phénomène récurrent.

Comme souvent, beaucoup d'alcidés ont trempé dans ces sombres affaires: du côté des victimes, il va sans dire. Mais des oiseaux plus côtiers comme des plongeons et des goélands ont aussi fréquenté ces eaux troubles, ce qui tendrait à dénoter que la pollution ne se situe pas très au large. Ci dessus, il s'agit d'un jeune goéland marin qui, quelques mois seulement après sa naissance, a fait la trop rapide expérience du "noircissement". Mais cette coloration ne lui tient pas lieu du "manteau noir" de ses aînés, au contraire elle compromet sérieusement ses chances de passer l'hiver au chaud.

Des plongeons huard hivernent parfois dans le port de Saint-Pierre dans de bonnes conditions. Ce ne sera toutefois pas le cas pour cet individu qui s'avère presque aussi sombre dessous que dessus, bien que cette photo ne nous en montre rien. Les guillemots "marmette" s'aventurent dans le port de Saint-Pierre beaucoup plus rarement que leurs très proches cousins dits "de Brünnich". Le présent individu, au ventre largement souillé, l'a pourtant fait afin d'y trouver des eaux probablement moins froides, un moindre inconfort, mais sûrement pas son salut.

Nous sommes maintenant en février et nos oiseaux pataugent toujours dans "l' coaltar", pire le phénomène semble s'être amplifié ces derniers jours comme l'ont constaté les agents de la faune sauvage. RFO a même largement abordé ce sujet lors de ses journaux radio et télé des cinq et six février.

 


Plus sur les oiseaux et les hydrocarbures : http://www.ffdp.ca/hww2_F.asp?id=229
Les précédentes images du mois : Décembre 02


Le 06 février 2003